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Attentat contre Charlie Hebdo: L’événement démocratique sera après ou ne sera pas

Νicos Ιliopoulos – Paris, 10-11 janvier 2015

Qu’est-ce qu’un événement

L’événement est l’inattendu, l’imprévu, ce que l’on ne peut pas expliquer entièrement, à moins d’essayer de le comprendre, comme disait Arendt, ou de l’élucider, comme aurait dit Castoriadis. L’événement est surtout ce qui crée une nouvelle situation. L’attentat perpétré contre Charlie Hebdo, aussi grave et répugnant soit-il, ne constitue pas à lui seul un événement. Dans la forme précise et concrète qu’il a pris, il était certes inattendu, même insoupçonnable ou inimaginable avant, mais comme un acte auquel on s’attendait, il a été attendu, prévu, prédit. Je rappelle le plan Vigipirate instauré depuis longtemps en France, et comme fait réel, tangible, je rappelle que ces derniers jours et semaines, à plusieurs reprises, le trafic a été interrompu dans le métro parisien« en raison d’un colis suspect». Pour tout dire, je me doutais, quant à moi, d’un attentat à l’explosif dans une rame de métro, attaque aveugle contre justes et injustes, contre chacun d’entre nous[1].

Mais, l’événement, ce que j’appelle événement, a une autre caractéristique centrale. Il est imprévisible quant aux conséquences qu’il a immédiatement et qu’il aura à l’avenir. De ce point de vue, l’attaque contre Charlie Hebdo, et la tuerie atroce qui l’a suivie, a donné tout de suite les signes d’un événement. Ces signes sont surtout la grande émotion suscitée, l’ampleur considérable de la condamnation de ce fait, la solidarité qui a pris le nom de Je suis Charlie, et notamment les grandes mobilisations collectives pour la liberté d’expression. La conséquence directe, immédiate, de l’attentat contre Charlie Hebdo est qu’il a été interprété comme un attentat à la liberté d’expression. Toutefois, seul un avenir à plus long terme montrera les conséquences de ce fait, et il est prématuré de dire aujourd’hui qu’il y aura un avant et un après le 7 janvier 2015, quant aux grandes lignes de la société française actuelle[2].

L’état de la société française

Il est donc impossible de faire une analyse de ce fait sans prendre en considération l’état actuel de la société française. Nous sommes dans une société où la fin de quatre valeurs fondamentales, liées en chaîne: religion-famille-éducation-travail, a sonné. C’est un constat que j’ai fait depuis assez longtemps. Cette fin signifie en général l’absence de sens de vie dans la société présente. Loin d’être un fait uniquement négatif, cette fin ouvre en même temps le chemin pour l’invention de nouvelles manières de vivre à tout un chacun.

L’absence de sens de vie, un sens assuré depuis très longtemps par la religion, crée dans la société plusieurs courants extrêmement contradictoires: ceux qui cherchent ailleurs que dans les valeurs fondamentales le sens de leur vie, mais aussi ceux qui trouvent refuge dans la religion de manière totale et fanatique.

Face à cette situation, le retard de la pensée et de l’action proprement politiques d’ouvrir tout au moins un débat sur la religion est considérable, pour ne pas dire abyssal. Dans cet état des choses, je trouve que s’inscrit la contribution importante de Charlie Hebdo pour ouvrir ce débat, par l’idée que tout doit être discutable dans la société actuelle, tout peut être critiqué et critiquable, tout peut être même caricaturé et caricaturable. Dans ce retard, s’introduit, en même temps, toute action qui veut arrêter toute évolution des choses vers l’émancipation envers la religion et les religions. Pour le dire autrement, l’idée de laïcité dans la société française actuelle est plus que dépassée. Comme idée et comme réalité institutionnelle, la laïcité correspond à une autre époque.

Mais l’absence de sens de vie, et la fracture de l’itinéraire que frayaient pour une vie humaine les valeurs fondamentales en expiration, ne sont pas dues seulement au déclin de la religion. Il y a la« décomposition» de la famille, dont la« recomposition» ne résout le problème que partiellement, il y a le non sens de l’éducation, il y a le manque de sens du travail plus que le manque de travail, il y a des difficultés énormes dans les relations humaines de tout type. Absence terrible encore ici d’un débat démocratique ouvert et explicite sur ce qui est à faire face à cette situation historiquement originale.

De grandes parties de la population réussissent, pourtant, à donner un sens à leur vie en inventant d’autres façons de vivre ensemble. D’autres grandes parties de cette même population n’y arrivent pas ou ne veulent pas. Quoi faire dans une société qui se veut démocratique? Il n’y a pas d’autre chemin que le débat. La pensée et l’action politiques manquent car tout est bloqué par la politique instituée. Dans le régime politique représentatif actuel, la politique instituée, telle qu’elle est organisée par les partis politiques pour la conquête du pouvoir gouvernemental, signifie que ce ne sont pas les citoyens mais les professionnels de la politique qui décident pour les grandes orientations de la société. Les électeurs leur cèdent une légitimité de fortune à l’autel d’une élection.

Tel est le contexte dans lequel se trouve la société française actuelle, et dans ce contexte, nous devons analyser les faits qui ont trait à l’attentat contre Charlie Hebdo, et aux faits qui l’ont suivi, comme la prise d’otages dans l’épicerie casher[3]. Le facteur international joue sûrement dans ce contexte, mais dans une mesure égale à celle de la situation sociale en France. Il faut souligner avant tout le substrat social global de ces faits, et pas seulement les côtés ethniques, religieux, et autres.

Les analyses conventionnelles des faits et mon opinion

Dire que la France c’est, aujourd’hui, la liberté, l’égalité, la fraternité, plus la laïcité, ce n’est pas vrai. Et de ce point de vue, dire que« La France a été frappée au cœur»[4], ce n’est pas vrai non plus.

Ce n’est pas vrai, non seulement et principalement, parce que ces idéaux- valeurs ne correspondent pas à la réalité de la société française actuelle, et de façon flagrante, mais notamment parce que la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité, doivent être réinventées et redéfinies de fond en comble, afin que celles-ci correspondent à des réalités sociales du présent. Des réalités qui ont changé et qui changent avec une rapidité étonnante.

Ne dit rien, en effet, par exemple, la laïcité comme séparation des Eglises et de l’Etat, ou en tant que séparation du religieux et du politique, quand des millions de personnes revendiquent à présent leur athéisme, et d’autres millions de personnes revendiquent des rituels et de modes de vie qui entrent de toute façon dans la vie la plus quotidienne. Quand des millions de femmes revendiquent leur égalité et leur liberté, et d’autres millions d’hommes et de femmes pensent encore que la femme n’est pas égale à l’homme et qu’elle doit lui être soumise.

Tout cela n’a aucun rapport avec aucun amalgame et avec aucune -phobie, sauf si nous appelons amalgame et phobie le regard lucide sur la société telle qu’elle est à l’heure actuelle. Du point de vue de l’hétéronomie, et plus particulièrement de l’hétéronomie la plus lourde historiquement et factuellement, l’hétéronomie religieuse, la question se pose inévitablement: quelle est la différence entre les trois religions dites du Livre, le judaïsme, le christianisme et l’islam?

Je suis Charlie, répond de manière bonne et juste, néanmoins, à ces contradictions qui pourraient être et devenir surmontables[5]. Je suis Charlie, signifie que j’ai le droit de m’exprimer et de vivre librement. J’en ai le droit sans que personne n’essaye, par la force et la violence, de me faire agir et vivre autrement. J’ai le droit de convaincre par l’examen, la parole et la critique, et je condamne fermement toute tentative d’éliminer physiquement par la violence l’autre. J’ai le droit signifie pourtant que je m’inscris dans une société politique qui est à construire sur les fondements démocratiques déjà existants et qui sont en même temps à réviser radicalement. La démocratie, comme régime politique et comme état de société, doit devenir le projet principal du moment.

Quelques questions politiques

Les premières questions proprement politiques que je me suis posées dès que j’ai appris l’attentat contre Charlie Hebdo sont les suivantes: Pourquoi maintenant? Pourquoi cette cible? Pourquoi cette« efficacité»? Quelles sont les visées de l’attentat? Et surtout, quelles seront les conséquences?

Poser les bonnes questions, selon moi bien entendu, constitue déjà un début de réponse pour la compréhension de ce fait. Je n’ai pas de réponse satisfaisante à la question: pourquoi maintenant. Les faits ont pourtant montré que les deux assaillants, même s’ils avaient bien préparé leur attaque, n’avaient presque rien prévu pour leur retraite, avec comme résultat de faire n’importe quoi. Je voudrais faire ici une remarque que je trouve significative, en ce qui concerne l’esprit journalistique (et pas seulement) de la description des faits. On a beaucoup parlé du sang-froid et notamment du professionnalisme des assaillants. Curieuse, en effet, conception du professionnalisme. L’espace et le temps ne permettent pas une longue analyse. Mais pour quelqu’un qui a travaillé dans plusieurs secteurs, cela fait froid dans le dos d’entendre la même notion de professionnalisme en matière de tuerie, professionnalisme qui au moins dans l’esprit des dirigeants au travail signifie tout et son contraire, être un bon professionnel signifiant la soumission à des ordres les plus insensés.

En ce qui concerne la cible choisie, mon avis est que les deux personnes qui ont fait l’attaque ne pourraient pas choisir une cible qui les auraient isolés davantage de l’opinion publique et même des musulmans. Ils ont exécuté à froid des personnes très sympathiques, pour un fait qui paraît lointain, la publication de caricatures du Prophète, un sujet qui en plus ne touche pas particulièrement, à mon sens, la sensibilité des croyants. Encore faut-il que ces derniers aient la connaissance de ce fait et même de Charlie Hebdo. La formule de Edgar Morin est juste:« l’irrespect de Charlie Hebdo se situe au niveau du rire et de l’humour, ce qui donne un caractère monstrueusement imbécile à l’attentat.» (Article déjà cité.)

Pourquoi cette« efficacité»? Parce que, selon les informations dont on dispose, un relâchement de la protection des personnes visées a eu lieu. Les choses humaines, disait Platon, dépendent de la nature, de l’art politique et du hasard. Dix minutes plus tard, la réunion de l’équipe de la rédaction de l’hebdomadaire serait finie et ses membres seraient dispersés dans le bâtiment.

Quelles sont les visées de l’attentat? Là aussi de graves questions se posent quant à la capacité des islamistes intégristes qui ont commis l’attaque de penser politiquement. On ne sait jamais auparavant les conséquences de nos actes, c’est vrai. Les analyses qui ont vu immédiatement la lumière du jour, dont celle de Robert Badinter, parlent d’un piège politique tendu par les assaillants:«Enfin, pensons aussi en cette heure d’épreuve au piège politique que nous tendent les terroristes. Ceux qui crient “allahou akbar” au moment de tuer d’autres hommes, ceux-là trahissent par fanatisme l’idéal religieux dont ils se réclament. Ils espèrent aussi que la colère et l’indignation qui emportent la nation trouvera chez certains son expression dans un rejet et une hostilité à l’égard de tous les musulmans de France. Ainsi se creuserait le fossé qu’ils rêvent d’ouvrir entre les musulmans et les autres citoyens. Allumer la haine entre les Français, susciter par le crime la violence intercommunautaire, voilà leur dessein, au-delà de la pulsion de mort qui entraîne ces fanatiques qui tuent en invoquant Dieu. Refusons ce qui serait leur victoire. Et gardons-nous des amalgames injustes et des passions fratricides»[6].

Quelles seront les conséquences de l’attentat contre Charlie Hebdo? Tout d’abord, pour l’instant, et malgré quelques actes isolés mais existants, on voit se produire tout le contraire de ce que les islamistes intégristes ont prétendument voulu. Mais, de toute façon, comme j’ai essayé de le dire très brièvement dans ce texte, l’acte commis le 7 janvier 2015 ne s’est pas passé dans le vide. Si un vide existe, c’est le vide de sens de la société française actuelle. Je peux le dire dès maintenant: les faits démontrent que ce vide est fortement habité par une ferme volonté de démocratie et de liberté d’expression. Comme je l’ai déjà constaté, il y a quelques années, ce vide n’est donc pas aussi vide qu’il ne paraît. Des nouvelles manières de vivre, de nouveaux sens de vie, ont déjà été créés. Et une très grande partie de la société s’accorde absolument et inconditionnellement pour dire que les conditions pour remplir ce vide doivent être la démocratie, la liberté et l’autonomie. L’attentat contre Charlie Hebdo, devenu déjà un événement par le resurgissement de la volonté de liberté d’expression, sera un événement vers la démocratie si les actions collectives de ces jours ouvrent le chemin du débat et de l’action sur les vrais problèmes de la vie en commun. Pour que la religion trouve sa place dans la sphère strictement privée, pour que la famille donne place à d’autres formes de vie commune, pour que l’éducation retrouve un sens, pour que le travail cesse d’être la valeur suprême de la société. Pour un régime politique de démocratie directe, pour une société pleinement autonome dans laquelle l’amitié et l’éros-sexualité, ainsi que l’humour triomphent.

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[1] L’expérience du juillet 1995, à Paris, que j’ai vécue de près, a peut-être contribué au fait que j’ai pensé à cette probabilité.

[2] Il y a eu beaucoup d’exagération en paroles pendant ces jours d’émotion. Je signale comme exemple significatif la première du journal Le Monde, du 9 janvier 2015, «Le 11-septembre français». Je souscris, pour cette raison, à la formule heureuse de Edgar Morin: «Notre émotion ne doit pas paralyser notre raison, comme notre raison ne doit pas atténuer notre émotion». Edgar Morin, «La France frappée au cœur de sa nature laïque et de sa liberté», même numéro du journal, p. 14.

[3] Il est à noter que, entre les deux actes de violence, il y a une différence des cibles visées due peut-être à l’appartenance organisationnelle différente des protagonistes ; l’attentat contre Charlie Hebdo vise les journalistes blasphémateurs du Prophète, la prise d’otages est « un acte antisémite effroyable », avant d’être un acte de diversion par rapport au siège de deux fugitifs par la police.

[4] Phrase de Hollande reprise et complétée par Edgar Morin, dans l’article déjà cité.

[5] Référence encore à l’article de Edgar Morin déjà évoqué. Edgar Morin écrit :« Il y eut problème au moment de la publication de caricatures. Faut-il laisser la liberté offenser la foi des croyants en l’Islam en dégradant l’image de son Prophète ou bien la liberté d’expression prime-t-elle sur toute autre considération? Je manifestai alors mon sentiment d’une contradiction non surmontable, d’autant plus que je suis de ceux qui s’opposent à la profanation des lieux et d’objets sacrés.» Un peu auparavant, il écrit que l’hebdomadaire est« typique de l’irrespect, de la dérision atteignant le sacré sous toutes ses formes, notamment religieuses.» De ma part, je ne connais pas, tout d’abord, d’autres formes du sacré que religieuses; ensuite, pourquoi doit-on distinguer la foi des croyants en Islam de celle des croyants au christianisme qui a été tournée en dérision depuis très longtemps? Je suis en accord sur ce point avec Bernard-Henri Lévy qui, dans son article« Le moment churchillien de la Ve République», publié dans le même numéro du journal Le Monde, même page, écrit que l’on doit« énoncer enfin que le culte du sacré est, en démocratie, une atteinte à la liberté de pensée; que les religions y sont, aux yeux de la loi, des régimes de croyance ni plus ni moins respectables que les idéologies profanes; et que le droit d’en rire et d’en débattre est un droit de tous les hommes.» C’est une idée que j’ai formulée moi-même depuis très longtemps.

[6] Texte trouvé sur le site Internet de Libération, le 8 janvier 2015, sous le titre: Robert Badinter: «Les terroristes nous tendent un piège politique».

Des armes pour la résistance kurde

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Depuis près de trois semaines, les combattants des Unités de défense du peuple – qui ne sont pas exclusivement kurdes – (YPG) et des femmes (YPJ) résistent à l’offensive militaire des djihadistes de l’État islamique (EI), avec des effectifs et un armement inférieurs, ils défendent la ville de Kobané avec un courage et une détermination qui forcent le respect.

Malheureusement, ces soutiens et renforts sont loin d’être suffisants. L’assaut des djihadistes sur Kobané bénéficie en effet du fait que la Turquie a verrouillé la frontière et déployé sa police et son armée pour bloquer les renforts, les acheminements en armes et en ressources humanitaires. Aujourd’hui, les djihadistes sont dans la ville. C’est là le résultat tragique de la montée en puissance de l’entité appelée EI, elle-même conséquence de l’effondrement du régime irakien, provoqué par des années de discrimination des sunnites par un gouvernement soutenu sans faille par Obama, des armes déversées aveuglément en Syrie notamment par les états-Unis, mais aussi du soutien apporté par les pétromonarchies du golfe Persique et la Turquie aux divers mouvements armés de l’islam politique en Syrie comme en Irak. Sans compter le million de dollars que la vente du pétrole des puits qu’il contrôle permet à l’EI d’encaisser chaque jour.

La Turquie, loin de venir en aide aux populations menacées par l’avancée de l’EI, fait tout pour affaiblir ou liquider la résistance kurde, qui à ses yeux risquerait de renforcer le poids des Kurdes dans la région, des Kurdes à qui, chez elle, elle a toujours refusé l’autonomie. Après s’être donné un cadre légal pour une intervention terrestre visant « tous les groupes terroristes » présents en Syrie et en Irak, elle conditionne désormais son entrée dans la coalition internationale à la création d’une zone tampon sur le côté syrien de la frontière, placée sous son autorité, prétexte à une occupation de fait des trois cantons qui forment le Rojava. En soutenant cette proposition que les Kurdes récusent, Hollande choisit, par pur opportunisme géopolitique, la pire des solutions pour la résistance kurde.

En effet, la coalition, qui prétend travailler à éliminer les djihadistes, dirigée par les États-Unis et à laquelle l’État français s’est rallié, ne peut ignorer que, pour vaincre l’EI, des frappes de drones et de missiles ne peuvent suffire, qu’il faut absolument financer et armer ceux qui se battent sur le terrain. À savoir, en l’occurrence, les Kurdes. En Syrie comme en Irak, où au mois d’août dernier ils sont intervenus pour sauver des milliers de Yézidis réfugiés dans les monts de Sinjar, ce sont les mouvements révolutionnaires kurdes qui sont en première ligne. Mais le problème, c’est qu’ils le font à leur manière : loin de faire la moindre confiance aux États et aux régimes en place, ils poussent et aident les populations de cette vaste région, kurdes et autres, à se battre, à s’autodéfendre, à s’armer militairement et politiquement, à compter d’abord sur leurs capacités de mobilisation pour protéger leur territoire.

Cette invitation à l’autodétermination et à l’organisation autonome contient un redoutable parfum de liberté, une menace de sécession et d’insubordination, de rupture dans les relations de pouvoir établies (clientélisme, corruption, patriarcat, obéissance à des systèmes de croyances et de transcendances extra-sociales). Et c’est de cela que la coalition arabo-occidentale ne veut pas.

Pour nous, au contraire, cette « menace »-là, c’est notre espoir. L’espoir de voir enfin sortir du chaos moyen-oriental une force susceptible de combattre à la fois l’obscurantisme religieux et l’option militaire qui, depuis des décennies, sont le lot des populations de la région. L’espoir de voir renaître des mouvements de résistance aux pouvoirs établis, porteurs d’émancipation. Déjà, l’offensive de l’EI à Kobané a provoqué une formidable mobilisation des Kurdes en Turquie (violemment réprimée : 22 morts annoncés) et dans la diaspora : manifestations dans des villes d’Europe, rassemblements de milliers de personnes sur la frontière, infiltration de plusieurs centaines de volontaires pour défendre la ville. De notre côté, nous pouvons et nous devons nous mobiliser pour apporter un soutien clair à ces mouvements de résistance, en relayant leurs revendications et en aidant à l’expression des forces d’émancipation dont ils sont porteurs.

Anarchistes solidaires
de la résistance du Rojava Kurdistan

Republication de paris-luttes.info

Cornelius Castoriadis – Crises economique, politique, sociale, anthropologique

La crise de la société moderne», conférence donnée en mai 1965 en Angleterre pour le groupe Solidarity qui l’a publiée. Reprise dans «Capitalisme moderne et révolution, T2», ed. 10/18, 1979. L’introduction à la 2 nd édition anglaise (1974) du «Mouvement révolutionnaire sous le capitalisme moderne» (1959), reprise dans «Capitalisme moderne et révolution, T2», ed. 10/18, 1979. La préface, rédigée en 1994, au livre de Jean-Michel Denis; «Les coordinations; la recherche désespérée d’une citoyenneté», Ed. Syllepse, 1996, pp. 9-13.

Conférence donnée en mai 1965 à Tunbridge Wells (Kent) devant des camarades et des sympathisants de Solidarity et publiée, sous forme ronéotypée, par Solidarity en 1966. Traduit de l’anglais par l’auteur. Repris dans «Capitalisme moderne et révolution, T2», ed. 10/18, 1979, pp. 293 – 316.

Un musicien antifasciste poignardé à mort par les néonazis en Grèce

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Translated by µ

In English here

Un homme âgé de 34 ans est mort dans les premières heures du matin, au cours de la nuit du mercredi 18 septembre, après avoir été attaqué avec ses amis par un groupe de néonazis membres de l’Aube Dorée puis poignardé au Pirée. La victime s’appellait Pavlos Fyssas, de son nom de scène Killah P. Il était un rappeur hip-hop impliqué dans le mouvement antifasciste, organisant des concerts antiracistes et d’autres activités sociales là où il habitait. Il a été frappé de trois coups de couteau dans la poitrine devant un café au 60, avenue Panayi Tsaldari à Amfiali, dans le quartier Keratsini du Pirée, peu après minuit, au cours d’une attaque par un groupe d’une vingtaine de néonazis vêtus d’uniformes de camouflage, de bottes et de t-shirts noirs. Le groupe d’amis a été pris en chasse par les fascistes à travers les rues. Le nom de l’homme âgé de 45 ans qui a poignardé Fyssas est Giorgos Roupakias.

Voici le récit de l’assassinat de Pavlos Fyssas par son père : « Les amis de Pavlos ont fait une remarque contre l’Aube Dorée dans un café où ils regardaient un match de football. Quelqu’un assis à une table à côté a entendu cette remarque et a appelé les membres de l’Aube Dorée. Des escouades de l’Aube Dorée sont arrivées presque immédiatement avec des policiers en moto du DIAS. Pavlos a essayé d’aider ses amis à s’échapper, mais il a été pris en embuscade par un autre groupe de l’Aube Dorée et encerclé. C’est alors qu’un membre de l’Aube Dorée en voiture est arrivé de l’autre bout d’une rue à sens unique, s’est arrêté et l’a poignardé à mort tandis que les policiers du DIAS regardaient sans intervenir. Une femme [qui semble être la petite amie de Pavlos Fyssas] leur a demandé de lui venir en aide mais ils n’ont rien fait. Ce n’est qu’après qu’ils se sont approchés pour arrêter le principal suspect [qui était en possession de l’arme du crime]. »

Pavlos a été conduit à l’hôpital Tzanio, où il est mort peu après. Avant de mourir, il aurait réussi à identifier son assassin et ses complices. L’auteur des coups de couteau aurait reconnu le meurtre. Il serait impliqué dans une fraude financière et aurait, selon les médecins, reçu un entraînement pour poignarder des gens.

Un appel au rassemblement sur le lieu de l’assassinat de Pavlos Fyssas a été lancé pour aujourd’hui, mercredi, à 18h, au 60, rue P. Tsaldari. Il y a également des appels à manifester à Thessalonique à 10h à la manifestation des enseignants et à 16h au département de physique sur le campus de l’université AUTH, puis à 18h à «Kamara» rue Egnatia. À Mytilène, sur l’île de Lesbos, il y a une manifestation à 18h sur la place Sappho, à Patras à 10h place Olgas, à Larissa à 10h dans le premier Lycée et à 10h30 à la manifestation des enseignants, à Komotini et beaucoup d’autres villes il y a aussi des manifestations à 18h.

En ce moment, les amis de la victime lui rendent hommage sur sa page Facebook, alors que le siège de l’Aube Dorée à Patras est attaqué; il a été attaqué avec des cocktaiks molotov et des pierres sont jetés sur le bâtiments en ce moment même. Dans cette ville, un autre évènement suspect s’est produit : un sympathisant de l’Aube Dorée s’est approché de la manifestation antifasciste en pointant son pistolet dans sa direction. À Chania aussi, des manifestants ont attaqué le siège du parti néonazi et ont affronté la police.

On ne peut être surpris du fait qu’une fois de plus, la police grecque n’a rien fait contre la violence nazie de l’Aube Dorée. L’Aube Dorée est largement soutenue par les capitalistes grecs, le gouvernement et l’Église en tant que brute déterminée contre les immigrants, les travailleurs et les pauvres. Plus de la moitié de la police vote pour ce parti ouvertement nazi. La police a laissé faire si elle n’a pas activement participé ou couvert l’organisation de ce qui ressemble à un piège mortel contre un radical bien connu, membre du syndicat des métaux et artiste antifasciste hip-hop dans un quartier ouvrier, près de l’endroit où il y a quelques jours, 8 membres du parti communiste KKE ont aussi été violemment attaqué par l’Aube Dorée.

Des manifestations de solidarité ont eu lieu et vont avoir lieu en Europe. Demain jeudi 18 septembre se tiendra une manifestation à 19h à Saint Michel à Paris. L’Initiative Solidarité, la fédération bruxelloise du KKE et Syriza Belgique appellent à manifester demain à Bruxelles à 17h, place de la Bourse.

Grèce: la police a envahi l’occupation de Villa Amalias, Athènes

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Une fois de plus, l’État tente de terroriser en realisant des attaques soudaines et brutales contre des espaces occupés et auto-organisés . L’occupation de Villa Amalias est logé dans le bâtiment qui se trouve entres les rues Acharnon et Heyden, depuis 22 ans. Dans ces domaines, des centaines d’événements politiques et culturels ont été organisés (concerts, représentations théâtrales, projections, etc), tandis que la culture anti-commerciale qui s’oppose à la culture de la vente et du profit, du pouvoir et de la propriété, a trouvé sa place. C’est clair maintenant, après tant d’attaques quotidiennes contre le mouvement anti-autoritaire / anarchiste, que les forces antisociales d’autoritarisme économique et politique, veulent faire taire le mouvement, limiter le débat public dans l’ordre du jour qui est déterminé uniquement par les grands médias et par les nazis, et interdire des actions auto-organisés qui commencent en dessous et en dehors des partis politiques.

Selon l’info publié sur Indymedia Athènes, 8 camarades de l’occupation ont été arrêtés, et une recherche est menée dans le bâtiment par les forces de répression de l’État. Déjà, 200 personnes se trouvent à la rue Acharnon en solidarité avec l’occupation.

Nous aussi exprimons notre solidarité avec l’occupation de Villa Amalias et avec les camarades qui se battent à travers cet espace libre.

PS: Nous comprenons la joie des serviteurs fidèles du système de pouvoir, car on observe que les blogs d’extrême-droite, ainsi que les sites d’information traditionnels, unissent leurs forces, applaudissent et font de la diffamation sur le «succès» de l’Etat répressif. Nous vous promettons que le plus grand plaisir des ennemis de la société ne durera pas éternellement.